Mots-clef: inégalités d'Heisenberg; incertitude
Ref. mq0002
Date: 29/06/2001
Niveau: approfondi
Auteur: Darth Heavy.

Les inégalités d'Heisenberg


Énoncé : Même dans des conditions expérimentales strictement identiques, en négligeant les erreurs expérimentales et l'action du dispositif de mesure sur l'objet mesuré, le résultat d'une mesure en mécanique quantique n'est pas en général certain. Les mesures se regroupent autour d'une valeur moyenne, avec un écart-type plus ou moins important.

Or, ces écarts-types pour certaines mesures sont reliés entre eux par des inégalités, dites d'Heisenberg (un des co-découvreurs de la mécanique quantique). Les plus connues sont :

Delta_px . Delta_x >= hbar
Delta_E . Delta_t >= hbar


px est l'impulsion de la particule selon la coordonnée x (idem avec y ou z), t est le temps, E est l'énergie. Delta_ est l'écart-type. Les grandeurs ainsi reliées sont dites duales. hbar est la constante de Planck (6.62.10^-34 J.s) divisée par 2pi.

Qu'on traduit souvent en vulgarisation par : on ne peut connaître simultanément E et t (ou p et x. Désormais, on se contentera de citer une inégalité à la fois, charge au lecteur de généraliser [*] ) pour un "événement" quantique (comme une désintégration de noyau, par exemple).

Piège : Ces inégalités ne sont en aucun cas dues à des imprécisions de mesures ! La borne inférieure (hbar) ne peut pas être repoussée sans que l'édifice de la mécanique quantique ne s'écroule. Elles sont inhérentes à la nature ondulatoire du monde quantique.

En résumé : si la nature vous donne de mauvaises réponses, c'est parce que vous lui posez de mauvaises questions.

Théorie : Il y a deux moyens de montrer Heisenberg : l'un passe par la nature ondulatoire des particules, l'autre (qui est une formalisation plus poussée du précédent) passe par la notion d'opérateurs.

Démo "ondulatoire" : On part de E=h.nu . Ce qui veut dire qu'un phénomène d'énergie bien déterminée a une fréquence bien déterminée, i.e. que son évolution temporelle est de la forme

exp(2*i*pi*nu*t)=exp(i*E*t/hbar).

A partir de là, on peut voir que ce phénomène, périodique, n'est pas localisé dans le temps : on est dans le cas où E est connu avec une précision extrême, et donc la valeur de t où la fonction est "plus grande" est infiniment flou.

Le cas réciproque correspond à f(t)=delta(t-t_0)delta est la fonction pic de Dirac (i.e. "infinie" en 0, nulle ailleurs, et d'intégrale 1). Pour associer une énergie à une telle évolution, on utilise une propriété fondamentale de la MQ qui est la linéarité : le delta peut se reconstruire en tant que somme d'un certain nombre de fonctions exp(i*E*t/h) avec E "libre". Il se trouve qu'il faut "sommer" ces fonctions sur toutes les valeurs de E pour reconstituer le pic initial, donc, on ne peut associer d'énergie bien précise à un évènement bien situé dans le temps.

Ce sont les deux cas extrêmes. Les cas physiquement réalistes sont entre les deux, fonctions quelconques de t pouvant être vus comme superpositions de divers exp(i*E*t/h). Les résultats mathématiques de décomposition spectrale (c'est le même genre de problèmes en acoustique) garantissent l'inégalité d'Heisenberg.

Démonstration algébrique :
Ici, le lecteur aura besoin d'être familier des notations de base de la MQ, et surtout de l'algèbre linéaire.

Un état quantique, par principe de linéarité, est représentable par un vecteur noté |f>, élément d'un espace vectoriel dit de Hilbert, muni d'un produit scalaire noté <g|f> où la partie <g| peut être vue comme un élément du dual. Comme de coutume, le produit scalaire représente "l'affinité" de deux vecteurs entre eux. Une mesure se représente par l'action d'un opérateur linéaire, par exemple l'impulsion P. cet opérateur est tel que les états d'impulsion bien définie soient des vecteurs propres de cet opérateur, et que la valeur propre correspondante soit cette impulsion.
Soit |p> un état d'impulsion bien définie, alors P|p>=p|p>p est l'impulsion et |p> un état d'impulsion p.
Les vecteurs de la MQ sont normés, on a donc : <p|p>=1, et <p|P|p>=p, en conséquence. Pour des fonctions |f> d'impulsion mal définie, <f|P|f> renvoie la valeur "moyenne" de l'impulsion (pour s'en convaincre, pensez à projeter |f> sur une base d'états propres).

La dispersion au carré, <p^2>-<p>^2 s'écrit alors :

<f|P^2|f>-<f|P|f>^2

En considérant P'=P-<P>, on peut se ramener à <P'>=0. La dispersion reste la même.

On procède de meme pour la position (opérateurs X' et X).

Or, [P,X]=i*hbar ([P,X]=PX-XP, commutateur).

En effet, en représentation position, P|f> vaut i*bar d|f>/dx et X|f> vaut x*|f> (pour P, penser qu'un état propre de p est une onde plane selon la loi de de Broglie... et que pour une OP, P|f>= p*|f>)

Or, par inégalité de Schwartz dans l'espace des opérateurs,
<p'^2>*<x'^2> >= |<p'x'>|^2 (remplacer <truc> par <f|TRUC|f>)

et P'X'=(P'X'+X'P')/2 + i*hbar/2

donc, <P'^2>*<X'2> >= hbar^2/4 + <p'x'+x'p'>^2.

Le second terme étant positif, on a:

Delta_p ^2 * Delta_x ^2 >= hbar^2/4, d'où l'inégalité recherchée.

On voit bien ici le rôle crucial joué par la non-nullité du commutateur [P,X]. En effet, si deux opérateurs ne commutent pas, il est impossible de les diagonaliser simultanément : aucun état propre de P n'est état propre de X. Si c'était le cas, on aurait pour au moins un état une impulsion et une position bien définie, et Heisenberg serait faux.



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[*]: en fait, si vous cherchez à généraliser la démonstration opératoire avec E et t, vous ne pourrez pas car le temps n'est pas une observable en MQ. Par contre, on peut utiliser un raisonnement de RR en disant que si c'est vrai pour les 3 composantes spatiales de (p,E) et (x,t), ce le sera aussi entre E et t.
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