LA THEORIE DE LA PATATE.
Le sujet étant vaste, j’ai du restreindre le nombre de variables pouvant intervenir. Commençons par la qualité de la terre: dureté, humidité, présence de lombrics (les expériences sur ce critère furent difficiles car le lombric est une créature capricieuse difficile à dompter), profondeur, type de sols (silice, calcaire, purée de tomates, coton, pentaoxyde de divanadium…).
C’est bien là le problème majeur d’une telle théorie: comme on sait que les patates poussent dans la terre on est tenté de simplifier grandement les équations en faisant l’approximation que ce qu’il y a en surface et au-dessus n’a que peu d’influence. Ce n’est toutefois pas toujours vrai et je me suis permis, cher collègue, de faire quelques rectifications à votre (par ailleurs superbe) théorie, juste pour tenir compte des corrections que je qualifierais "de surface".
Le facteur de dureté (D) est important: en effet, plus la terre est dure et plus les patates seront petites mais elles seront d’autant plus fermes. Mais comme notre but est d’obtenir une grosse patate, nous prendrons ce facteur comme un désavantage.
Ce facteur est en effet très important, mais il est soumis à des fluctuations au cours du temps. En effet D dépend de la pression exercée par les objets qui sont posés sur le sol ou les bipèdes et autres quadupèdes qui se déplacent de tout leur poids en marchant sur la terre. Si par exemple un pot de fleurs reste posé sur le sol pendant 24 heures puis est retiré, la croissance de la patate s’en trouvera perturbée. De plus l’action des grandes masses peut provoquer un effet d’inhomogénéité rémanente connu sous le nom d’"écrasement". Ce phénomène peut aller jusqu’à la destruction de la patate, et est donc à surveiller (en particulier faites attention aux tracteurs qui passent sur votre potager....); j’y reviens tout de suite après...
L’humidité (H) rend la patate pourrie (et une patate pourrie ça pue). Mais il faut quand de la flotte pour les faire grossir. Ce facteur devra donc être pondéré. Une étude graphique nous montre que dans les conditions normales de jardinage et de température, ce facteur est à prendre avec une racine carrée.
S’il est clair que la présence d’eau est nécessaire au gonflage de la patate, il n’en est pas moins vrai que la patate est une racine et que pour obtenir une racine carrée il faut augmenter la pression de manière conséquente dans toutes les directions de l’espace (par dessus, par dessous, à droite, à gauche, devant et derrière). Conséquence: à moins d’utiliser un terrain-labo coincé dans une presse hydraulique il est impossible à l’heure actuelle d’obtenir des patates carrées; on se heurte en plus à deux autres problèmes: plus la pression est grande plus les patates sont petites, et pour l’instant les produits qui servent à stabiliser la patate (pour éviter l’implosion) sont mortels pour l’homme... Ne soyons toutefois pas pessimiste: la recherche avance à grands pas et bientôt on pourra faire pousser des patates qui ont déjà la forme de frites...
La présence de lombrics (L) est un facteur encore trop empirique pour être pris en considération. Je n’en tiendrai donc pas compte pour l’instant.
On peut toutefois déjà dégager une tendance: plus L est grand plus il y a de trous dans le sol, donc il y a plus de dioxygène; la présence de pentoxyde de divanadium va alors catalyser l’oxydation du dioxyde de soufre en trioxyde de soufre, ce qui va acidifier le sol par production d’acide sulfurique, du moins si on chauffe suffisamment. En quelle proportions les lombrics chauffent-ils le sol est la clef du problème, et je suggère que vous orientiez vos recherches dans ce sens.
La profondeur (P) va faire flétrir nos patates: moins de chaleur et plus de pression. Une étude graphique que l’aggravation est proportionnelle à la profondeur. On pouvait s’en douter car la terre est un fluide comme les autres…
Là je pense que vous vous trompez, cher collègue. A l’échelle considérée la profondeur est un critère de stabilité, ce qui entraîne une croissance plus harmonieuse des patates en profondeur que celles proches de la surface. C’est d’ailleurs pourquoi vous remarquerez que plus P est important, plus les bulbes se ressemblent. (et moins ils sont attaqués par les bêtes du sol)... La courbe dont vous parlez est sûrement erronée. Je suppute que ce sont des stagiaires qui ont réalisé ce travail raté. Ces fainéants se croient encore dans le régime "1er cycle de faculté", je vous suggère de leur tirer les oreilles et de recommencer l’étude, en se préoccupant de ce qu’ils font cette fois-ci (ou de les virer)...
Le type de sol (T) nous indique un facteur correctif. Par exemple, pour un sol sablonneux : T=26, pour un sol argileux T=0.5. Des stagiaires sont en train de s’occuper d’établir une table dans les conditions CNJT.
Si ce sont les mêmes stagiaires qui ont réalisé l’étude précédente je vous conseille fortement de regarder attentivement ce qu’ils font...
Il nous fallait une unité pour savoir si une patate est bonne ou pas. J’ai décidé d’établir une échelle absolue de degré frite.
Le zéro degré frite correspond à la patate pourri.
Le 100 degré frite correspond à la patate belge de Bruxelles.
Il faut préciser qu’il s’agit d’une échelle un peu baroque, qui ressemble un peu à ce qu’on peut trouver en relativité restreinte en physique; dont voici le principe.
Si Q est le degré frite, on définit une grandeur physique mesurable en faisant cuire un échantillon de patate dans l’huile bouillante, puis en le goûtant. On mesure G (goût) et on en déduit Q par la formule:

Pour trouver Q il suffit d’inverser la relation. On constate que le degré 100 correspond à un G infini (qui correspondrait à des frites si délicieuses que vous en mangeriez sans vous arrêter jusqu’à en mourir, belges ou non...). Fort heureusement (?) c’est une utopie. Le degré 0 est quant’à lui mesurable en théorie, mais tout détecteur refusera systématiquement de faire la mesure à l’approche de l’échantillon. Un mot sur les détecteurs: un détecteur conçu pour mesurer des degrés élevés (G>+1, soit Q>87) tombera en panne si on tente de mesurer des degrés inférieurs (typiquement la sécurité du détecteur déclenche alors un avertissement connu sous le nom de "gerbi", il il faut alors stopper l’expérience à l’instant!). Pour des mesures de 87<Q<95 on utilise plutôt des détecteurs de marque "étudiant" en particulier le modèle "R.U."; pour 75<Q<87 on utilise le type "clodo" (dont le rapport précision-prix est très avantageux qui qui de plus sont d’une robustesse à toute épreuve); enfin pour Q<75 le seul détecteur que je connaisse est: "moisissure", mais j’éprouve des difficultés à l’interfacer avec un ordinateur, et la précision est DEPLORABLE).
Chers collègues, de nombreuses questions se posent encore à nous :
-quels types de détecteurs employer? (Le détecteur de Laurent ne me paraissant plus en état de fonctionner après l’essai de la théorie des baffes)
cf. ci-dessus.
-les lombrics sont-ils des êtres intelligents?
Capturez m’en un et je lui ferai subir le test de Turing, on verra
bien. (à la réflexion envoyez m’en plusieurs: il ne faut
pas écarter la possibilité de tomber sur des individus complètement
bouchés qui tirent sur tout ce qui est différent d’eux et
avec qui il est impossible de communiquer; je pense surtout à des
membres de l’armée lombricale...)
-faut-il planter les patates à la lune montante?
C’est tout simple: si la Lune descend, elle va vous tomber sur la
tête et vous ne pourrez pas, étant écrasé, planter
des patates (ou quoi que ce soit d’autre...)
-pourquoi les patates rouges ne sont-elles pas jeunes?
C’est tout aussi simple: les patates rouges ont un coup dans le nez
et chez les patates il est interdit aux jeunes de boire de l’alcool (et
contrairement aux jeunes humains les jeunes patates respectent cet interdit...)
-pourquoi les martiens préfèrent-ils les pommes vapeur aux frites ?
Je ne suis pas très documenté par la question mais: peut-être les martiens ont débarqué d’abord en Angleterre et ont été influencés par la culture de ce pays (ce qui expliquerait pourquoi les martiens n’ont toujours pas réussi à envahir la Terre: ils sont trop préoccupés par leurs problèmes de digestion.)
Bref, ce sujet, au combien passionnant, ouvre des voies nouvelles en physiques.
Dans l’espoir que ce début de recherche vous aura convaincu,
Le Nain Fou.
De mon coté j’espère que ma contribution au sujet va considérablement vous faire progresser dans vos recherches.
Amicalement, lgmdmdlspdtr.